JACQUES LACAN

Sur le langage

 

 

 

 

Médecin, psychiatre et psychanalyste français, Jacques Lacan est né à Paris le 13 avril 1901. Il y meurt le 10 Septembre 1981.

Lacan est devenu psychanalyste à trente-cinq ans. Sa vie fut liée à celle de la psychanalyse en France ainsi qu’aux nombreuses scissions du mouvement psychanalytique, dont il fut souvent l’artisan.

  Il œuvra aussi pour un « retour à Freud », dont il voyait les théories trahies par la psychanalyse américaine plus portée sur la « psychologie de l’égo ».

  A Paris, il fréquente les milieux littéraires et artistiques et se lie avec les surréalistes.

  Si Freud a révolutionné la conception que l’homme avait de lui même par la découverte en lui de cet immense continent insoupçonné qu’est l’inconscient, Lacan va aller plus loin pour contester à l’homme sa propre réalité consciente. L’homme, non seulement ne peut être compris sans la folie, mais ne serait pas humain s’il ne portait déjà en lui la folie. Le langage préexiste à l’apparition du sujet et l’engendre. La condition humaine est linguistique. Lacan fait apparaître l’homme aveuglé dans son image, perpétuellement conditionné par ses désirs.

  Langage et inconscient sont intimement liés: Jacques Lacan utilisera dans toutes ses conférences et dans tous ses écrits un langage très proche de la langue de l’inconscient. Car ce qui caractérise l’être humain est bien le fait qu’il parle: « l’homme est un parlêtre ». L’inconscient est structuré comme un langage, avec sa syntaxe, ses lois et ses caractéristiques propres.

Selon les théories freudiennes, on peut aborder la dynamique de l’inconscient par l’étude des rêves (condensation, déplacement… etc.) et par le langage (jeux de mots, lapsus… etc.). Poussant plus loin l’analyse, Lacan démontre la similitude qu’il y a entre la condensation du rêve et la métonymie, ainsi qu’entre le déplacement (toujours dans le rêve) et la métaphore. Il emploie alors les termes linguistiques de signifiant et de signifié, pour expliquer ce qui se passe dans le processus du rêve entre le contenu manifeste et le matériel latent.

  En relisant la théorie freudienne à travers le filtre de la linguistique, Lacan lui permet d’atteindre un nouveau palier. Il traduit en termes linguistiques plusieurs concepts freudiens, comme par exemple le complexe d’Oedipe qu’il aborde dans le Nom du Père.

  Pour Lacan, l’enfant ne peut acquérir le langage et le « je » qu’en accédant au symbolique. Un enfant de 6 à 8 mois qui, se regardant dans un miroir, est nommé par sa mère (« c’est toi, là! »), prendra conscience de l’unité, de la totalité de ce corps qui est le sien. Il s’y reconnaît alors comme entier, différent de sa mère, et s’identifie à ce reflet de lui-même. C’est là que Lacan situe le « stade du miroir ». De fragmentaire et partielle, l’image qu’il commence à construire de son corps devient totale, globale. Apparaît alors le risque de s’aliéner à (et dans) cette image aimée de la mère. Ce qui lui permettra de mettre une distance entre lui et son image, ce sera précisément le langage. Le langage dont est issue cette langue maternelle qui le nomme et le différencie. En acquérant le langage et une image corporelle unie et distincte, l’enfant progresse dans son autonomie.

  Mais en même temps qu’il s’approprie le langage, il se coupe de son vécu, de sa vérité intimement ressentie. Il s’enferme dans cette langue qui ne pourra jamais que le re-présenter. Pour approcher plus près d’une vérité sur lui-même qu’il ressent sans pouvoir y mettre de mots, l’enfant cherchera dorénavant à s’identifier à l’image de l’Autre, et d’abord ce premier autre qu’est la mère. Dans ce contexte, l’image paternelle idéalisée prend sens dans le désir unissant le père et la mère. L’enfant, dans sa rivalité avec le père, va devoir prendre place dans le discours désirant qui unit père et mère. Pour s’inscrire dans le désir de la mère, il va petit à petit s’identifier à cette figure paternelle dont le père est le représentant.

  Si auparavant l’enfant s’identifiait aux autres directement par projection, il s’identifiera désormais à l’image que les autres ont de lui. Et s’il identifiait les autres à lui (par introjection), il identifiera dorénavant les autres à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

CARL GUSTAV JUNG

Sur l’âme et ses symboles

  Carl Gustav Jung est né sur la rive Suisse du lac de Constance. Son père, pasteur, s’installa à proximité de Bâle. C’est dans cette ville qu’il fit ses études et acquit le titre de médecin. Il entre alors à l’hôpital psychiatrique du canton de Zurich. Il y est élève. Après avoir soutenu sa thèse sur la « Psychopathologie des phénomènes dits occultes », il devient disciple et ami de Freud, qu’il quitte cinq ans après pour fonder une nouvelle école de « psychologie analytique ». Il fonde en 1948 l’institut « JUNG » à Zurich.

  Découverte de « l’inconscient collectif », fondement de l’imagination, commun à tous les peuples à travers les âges, et qui se manifeste dans les religions, les mythes, l’alchimie…

  Jung a beaucoup voyagé en Afrique noire, en Afrique du nord, aux Indes et en Amérique où il étudia particulièrement les coutumes des Indiens « Pueblos ». Il s’efforça toute sa vie de dépasser une attitude purement descriptive de la maladie mentale et de la comprendre de l’intérieur.


  S’il fut d’abord attiré par les travaux de Freud (avec qui il se lia d’amitié durant 5 années), l’esprit de système de son aîné l’éloigna peu à peu de lui; Jung ne pouvait accepter une conception de l’énergie psychique (la libido) limitée, pour les besoins d’une théorie, à l’impulsion sexuelle.


  La rupture survint après la parution de « Métamorphoses et symboles de la libido » en 1912 dans laquelle Jung exposa sa théorie sur la notion de l’inconscient collectif. Il décrit une structure quaternaire de la psyché, avec 4 fonctions psychologiques caractérisant les différents types humains:


1. Pensée
2. Intuition
3. Sentiment
4. Sensation


  Ces 4 fonctions forment un instrument que l’individu doit manier pour évoluer.

  Sa vision de l’homme est dynamique, et on peut la résumer par ces 2 concepts: le devenir, et la transformation. En l’homme, le monde devient conscient de lui-même par la formation d’un Moi. Mais le renforcement unilatéral de ce dernier ne doit pas dépasser une certaine limite. Au delà, le Moi tend à oublier son lien avec l’océan d’où il sort, l’arbre se sépare de ses racines, se dessèche ou produit des fruits monstrueux. Sur le plan collectif ce seront alors des déchaînements sauvages: les exemples abondent au 20ème siècle. Chez l’individu, c’est la névrose, affection mentale où l’inconscient, nié, réclame sa part. La névrose n’est donc pas liée uniquement à des évènements du passé notamment infantiles, comme pour Freud, mais à une situation actuelle. Rétablir le passage sans heurt du courant psychique, source de renouvellement, tel est le but de l’exploration intérieure.

  La persona : c’est la partie de nous, apparente, éclairée, que l’on montre aux autres. C’est notre Moi social.


  L’ombre : partie inconsciente de notre personnalité, non exposée à la lumière. Ce sont toutes les potentialités que nous n’exploitons pas, mais pas forcément que nous réprimons.

  Il existe un équilibre entre la « persona » et « l’ombre » car sinon rien de spontané ne pourrait avoir lieu. Ils dépendent tous deux du contexte socioculturel.

  L’inconscient collectif : ses modes de manifestation sont les « archétypes » qui désignent les images anciennes (comme le « dragon », le « paradis perdu »…). Ces images constituent un fond commun à toute l’humanité. Dans chaque individu on les retrouve, en tout temps et en tout lieu, à côté des souvenirs personnels. Ils se manifestent dans les rêves, les délires et les arts picturaux. Jung distingue plusieurs strates dans l’inconscient collectif:


·    1ère couche : c’est l’inconscient individuel.


·    2ème couche : c’est l’inconscient collectif familial auquel on appartient: dans certaines familles il y a par exemple certains chiffres qui reviennent génération après génération.


·    3ème couche : c’est l’inconscient collectif du groupe ethnique et culturel auquel appartient la famille.

·    Au dessus : il y a un inconscient collectif primordial. C’est ce qui est le plus général à l’humanité, comme par exemple la peur commune de l’obscurité,  les instincts… etc. Dans cet inconscient collectif, il y a des structures de base, un code général où cet inconscient s’exprime et ce sont les « archétypes ». Ils puisent dans la matière indifférenciée, le magma, le chaos de l’origine.


Les archétypes : ce sont des structures de base, un cadre général où l’inconscient collectif s’exprime. Ils sont innés, immuables et les mêmes pour tout le monde. Ce sont les contenus de l’inconscient. Les archétypes sont les formes « a priori » de la représentation. Il y a ainsi les archétypes parentaux (Père et Mère), l’anima, l’animus… etc.


·    L’anima : est l’aspect féminin psychique chez l’homme.


·    L’animus : est l’aspect masculin psychique chez la femme.

·    Le Soi : c’est la totalité. Quand cette partie de nous-mêmes a atteint la totalité, elle se prend pour Dieu. Le paranoïaque (être humain s’étant construit un système de relation à l’Autre de type paranoïaque) est un individu qui pense atteindre le Soi . C’est l’inflation pathologique du Soi. On a tous tendance à rechercher l’unité.

  Tout le travail de Jung s’est appuyé sur la double question qui domina sa vie: « qu’est-ce que le monde, et qui suis-je? ». L’insuffisance du cadre religieux éclata aux yeux de ce fils de pasteur. Il devina que la réponse se trouvait au-dedans de lui et non au-dehors.


  La psychiatrie lui parut offrir un moyen plus propice d’aborder la totalité de l’Homme. Jung a également travaillé sur la recherche alchimique. Il relia ainsi la mythologie, l’archaïque au psychologique: dans la transformation alchimique du fer en or, c’est la transformation de quelque chose en nous que l’on tente. C’est la transformation de la personnalité.

  Jung fut avant tout le témoin d’une réalisation interne. Sa méthode psychologique et son œuvre sont les fruits de cette réalisation. Adolescent, il a rencontré sur son chemin la figure fascinante de Zarathoustra, le « messager du surhumain » qui avait conduit à la folie Frédéric Nietzsche, Bâlois d’adoption comme lui. A son tour il s’est vu contraint par le destin d’affronter ce qui est en définitive, l’unique problème de l’âme moderne: l’homme peut-il se surmonter, et par quelle voie?

R.M RILKE

Sur l’existence

  Il nous faut accepter notre existence aussi loin qu’elle peut aller; tout et même l’inouï doit y être possible. C’est au fond le seul courage qu’on exige de nous; être courageux face à ce que nous pouvons rencontrer de plus insolite, de plus merveilleux, de plus inexplicable.

  Que les hommes aient, en ce sens là, été lâches a infligé un dommage irréparable à la vie. La Mort, le Monde des Esprits, toutes ces choses qui nous sont si proches ont été à ce point en butte à une résistance quotidienne qui les a expulsés de la vie que les sens qui nous eussent permis de les appréhender se sont atrophiés. Or la peur de l’inexplicable n’a pas appauvri seulement l’existence de l’individu, elle a également restreint les relations entre les hommes. Ce n’est pas, en effet, la paresse seule qui est responsable du fait que les rapports humains se répètent sans innovation, c’est plutôt la crainte d’une quelconque expérience inédite et imprévisible qu’on s’imagine ne pas être de taille à éprouver. Seul celui qui est prêt à tout, celui qui n’exclut rien, pas même ce qui est le plus énigmatique, vivra la  relation à l’autre comme si elle était quelque chose de vivant, et y jettera même toute son existence.

  Rainer Maria Rilke - In Lettres  à un jeune poète (Extraits)