YEHOUDA GUENASSIA

Psycho-Analyste certifié en Gestalt Thérapie Analytique

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De la douleur... à la souffrance à être

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De la douleur... à la souffrance à être Le poids le plus lourd est ainsi le plus léger:
Chaque souffrance particulière a quelque chose de risible confrontée à la souffrance universelle ;
Mais chaque souffrance particulière a quelque chose de sublime, parce qu'elle participe de la souffrance universelle.
Baldine Saint Girons

 


De l’essence à l’existence…
Dans le kaléidoscope des mille et une formes de souffrance que nous pouvons identifier, je partirai de la douleur physique et tenterai pas à pas d’approcher non pas la souffrance existentielle dont la Gestalt-thérapie ne cesse de nous entretenir, mais la souffrance à être, celle la même que l’existentialisme s’applique à récuser, celle la même qui est au cœur du leitmotiv shakespearien qui hante nos journées de travail :
« Etre ou ne pas être, voilà la question » !

 

Pour nous repérer, je situe le fait d’ « ex-ister » comme une qualité spécifiquement humaine qui nous permet de nous extraire, comme le préfixe « ex » le souligne, d’un état « d‘être essentiel ou confluentiel », pour advenir à une capacité à affirmer notre propre libre arbitre dans le contact à l’environnement par le force de notre fonction symbolique. C’est le passage de l’«être en soi» à l’«être au monde», de l’essence à l’existence ou bien de l’ontologique au psychologique.

Quelques rappels neurophysiologiques…
Mais d’abord, remettons nous en mémoire quelques bribes de neurophysiologie pour mieux comprendre d’où s’origine cette sensation si particulière qu’est la souffrance.
Toutes nos sensations, qu’elles soient extéroceptives ou proprioceptives, qu’elles nous apportent du plaisir ou de la douleur, aboutissent à un même noyau cérébral : le thalamus, appelé aussi par les anciens anatomistes « La chambre nuptiale »… Là où s’unissent le féminin et le masculin, là où s’opère la conjonction des opposés pour tenter d’advenir à l’unité ! C’est dire déjà l’importance de ce lieu de convergence de tous les signaux sensoriels, qu’ils lui viennent du monde extérieur ou du monde intérieur.

Les thalamus sont situés à l’entrée de chaque hémisphère cérébral (nous avons donc deux thalamus), juste au dessus de l’hypothalamus qui est unique et se présente comme le véritable chef d’orchestre de tout notre système endocrinien et la tête de pont de tous les noyaux centraux du système neurovégétatif (dans sa dimension parasympathique).
Ils sont donc très exactement à l’interface entre le cerveau reptilien qui est unique et sous jasent et nos autres cerveaux, limbiques et corticaux, qui sont subdivisés en deux, un dans chacun de nos hémisphères, situés au dessus d’eux. Seraient-ils alors les points d’articulation entre ce qui de nous participe d’une unité fondamentale (le reptilien), mais nous amène à fonctionner au sein d’une dualité (les hémisphères) ?

On peut considérer, de façon très schématique, que le cerveau reptilien est le lieu de la vie « animale » (fonction intuition et fonction sensation), que le cerveau limbique est le lieu de la vie affective et de l’intégration de l’expérience (fonction sentiment) et que le cortex est le lieu de convergence de toutes les informations des deux premiers pour aboutir à notre vie intellectuelle et spirituelle ( fonction pensée et à sa mise en œuvre au travers de notre libre arbitre et de la créativité). On voit alors que  le lieu de convergence de toutes les informations qui renvoient à cette expérience de la souffrance se situe à la jonction entre l’espace de notre vie animale et l’espace de ce qui fait de nous un mammifère si spécifique, à savoir celui de notre vie affective et intellectuelle.

Tout vécu de douleur physique brutale (brûlure, blessure, etc.) répond à un arc réflexe au niveau de la moelle épinière qui permet une réaction immédiate de l’organisme et ne met pas en jeu les thalamus, dans un premier temps. C’est le retentissement secondaire de cette douleur qui va passer par les thalamus et subir alors un traitement qui sera très différent selon les individus puisque pour une même blessure, chacun en évaluera le degré de souffrance ressenti de manière très différente. Si l’on est dans une verticalité Yang, le signal de la douleur pourra être transmis aux niveaux corticaux supérieurs et la douleur pourra être contenue ; si l’on est dans une horizontalité Yin, le signal descendra vers les structures inférieures du reptilien, avec un retentissement important au niveau du parasympathique : la douleur sera alors majorée par une dimension d’angoisse et d’insupportable.

Le même schéma est applicable quand il s’agit de souffrance psychologique : elle apparaît directement en lien avec notre capacité ou non à assumer cette conjonction si difficile entre les exigences de l’instinct liées au reptilien et procédant de sensations proprioceptives, et celles qui ont trait à nos besoins affectifs et intellectuels liés au cortex et procédant de notre histoire relationnelle au sein de l’environnement. Plus nous sommes dans notre verticalité et plus nous pouvons contenir cette souffrance et en faire un élément du champ permettant un ajustement créateur ; plus nous sommes en confluence avec le milieu et plus le signal retentira sur le reptilien avec son cortège de somatisations adjacentes et d’angoisses insupportables.

On pourrait être amené à se demander si notre rôle de psychothérapeute ne serait pas d’accompagner l’autre dans un chemin de verticalisation pour lui permettre de transformer sa souffrance insupportable en une souffrance supportable ? On pourrait parler aussi du passage d’une souffrance insensée à une souffrance sensée. N’est ce pas cette dernière forme de souffrance qui constitue notre outil de travail principal et, paradoxalement, nous permet de goutter la jouissance de vivre qui ne se tient que par son opposé : la souffrance à vivre ! 
D’une topographie anatomique à une topique psychologique…
Une foule de question se précipite alors :

- Est-ce à dire que la souffrance se situe très exactement à l’articulation entre ce qui appartient au donné de nature et ce qui appartient à l’acquis de notre histoire, c'est-à-dire à notre culture ?

- Comment concilier ce besoin de confluence primordiale avec l’environnement comme le vivent les animaux ou les bébés, et ce qui nous fonde dans la spécificité de notre humanité, à savoir cette capacité de distanciation et de représentation des données de l’expérience qui fonde notre fonction personnalité en même temps que notre culture ?

- En termes gestaltistes, toute souffrance serait-elle la résultante d’un conflit entre notre fonction ça (ce qui appartient à notre nature) et notre fonction personnalité (ce qui appartient à notre culture) ? On voit là toute la pertinence de la théorie de la Gestalt !

- Ne peut-on pas aussi extrapoler  en parlant du conflit entre ce qui a trait à notre essence, à notre « être en soi » et ce qui a trait à notre existence, à notre «  être au monde » ?

- On peut aussi se demander si la souffrance ne serait pas un passage obligé dans le processus d’individuation qui nous demande de mettre toujours plus d’harmonie entre le haut et le bas et donc de fluidifier toujours plus cette interface entre notre fonction ça et notre fonction personnalité ?

- Si je me laisse un peu « délirer » : ne serions nous pas condamnés à devoir concilier les énergies chtoniennes de notre appartenance à la terre qui font de nous des membres à part entière de la nature terrestre et puis des énergies venues du ciel qui font de nous les seuls mammifères participant à ce profond mystère qu’est celui de l’avènement de la fonction symbolique ?
Il est vrai que par définition penser un mystère est tout à fait impossible, aussi, pour se débarrasser du problème, la démarche phénoménologique a-t-elle choisi de ne considérer que ce qui apparaît dans le champ comme base de raisonnement, reléguant au rang de la métaphysique tout ce qui participe du questionnement de ce mystère et déclarant que les deux démarches sont incompatibles.
Pour ma part, rien ne m’empêche de m’inspirer d’une démarche phénoménologique quand je suis face à tout ce qui touche à des problèmes d’existence et d’être au monde, mais d’accepter par ailleurs de me laisser interroger par tout ce qui évoque le mystère de l’être en soi et de tenter d’en approcher la souffrance… Dans ce dernier domaine, il nous faut bien avouer que la théorie de la gestalt-thérapie est bien peu prolixe !
Quelques considérations étiopsychopathologiques…
Pour garder les pieds sur terre, il me semble important d’avoir en tête ces quelques notions neuro-anatomiques pour nous permettre de tenter de penser le problème de la souffrance sur la base de réalités biologiques plutôt que sur des concepts purement philosophiques.

On peut déjà en tirer quelques conséquences sur la compréhension de certains mécanismes étiopsychopathogéniques :
- Considérons d’abord les troubles dissociatifs au premier rang desquels se trouve la dépersonnalisation qui peut aller jusqu’à la décorporation :
Pour faire face à une souffrance psychologique ou physique intense(torture par exemple), la dépersonnalisation correspond à un ajustement créateur qui permet de voir disparaître cette expérience de la souffrance liée à l’existence. Décrit largement parmi les mécanismes qui président au fonctionnement de la personnalité hystérique, la dissociation de la personnalité est aussi un mécanisme qui est mis en œuvre au travers de techniques d’hyperventilation comme le rebirth ou la respiration holotropique. On la retrouve à minima dans le trouble si commun qu’est la spasmophilie ou la tétanie qui constitue, en fait, une résistance à la dissociation. Même si l’individu se trouve projeté dans un espace où il échappe à la souffrance à exister, il n’en garde pas moins une juste appréhension de la réalité, ce qui le différencie du vécu psychotique.

L’hyper oxygénation du cerveau provoque une réaction de protection des neurones qui correspond, par un blocage de la microcirculation corticale, à une véritable «décorticalisation temporaire» qui plonge la personne dans un vécu très régressif où elle se trouve  sous le contrôle quasi exclusif  de son cerveau reptilien : la pensée et le contrôle mental ne sont plus possibles. Il en résulte le plus souvent une impression de «  voyage intersidéral » assez comparable à celui qui peut être obtenu par l’usage de substances psychodysleptiques tels le LSD, l’héroïne et parfois le cannabis. 
Il n’est pas étonnant alors que la personne se retrouve dans des réactualisations de vécus de nouveau né ou même de sa propre naissance.

Néanmoins, si la personne connaît une fragilité ontologique, c'est-à-dire une fragilité de son être « en soi », il n’est pas étonnant que de telles techniques ou un tel mécanisme puisse être à l’origine d’un franchissement de la barrière du rêve située entre le différencié et l’indifférencié en nous et qu’elle présente une véritable décompensation psychotique. Elle peut alors se trouver en prise avec un sentiment d’élation et de toute puissance, mais peut aussi présenter une souffrance liée à son essence et non plus à son existence : c’est le « bon trip » et le « mauvais trip » !

On peut donc considérer que la dissociation est le marche pied vers la psychose et qu’il s’agit d’un état intermédiaire et instable entre le conscient et l’inconscient ou, pour parler « gestalt », entre ce qui est mis en forme et le fond. Ce qui nous amène à évoquer en quelques mots :

- L’état psychotique ou la bascule vers « le fond »… Certains n’y font qu’un bref séjour (psychose brève et trouble schizophréniforme), d’autres peuvent s’y installer définitivement : c’est la schizophrénie. On comprend qu’il puisse s’agir soit d’un mécanisme de fuite ou de refuge par rapport à la souffrance liée à la difficulté d’exister, soit d’une précipitation dans le gouffre d’une béance narcissique primaire par exemple, et donc d’une souffrance liée à une difficulté à « être en soi »… Et pourquoi ne s’agirait-il pas une conjonction des deux facteurs ? 

On voit donc que les problèmes de « fond » nous renvoient à la psychose tandis que les problèmes de « forme » ont plutôt trait à la névrose. De même, la souffrance à être serait beaucoup plus psychotique que la souffrance à exister qui serait beaucoup plus du domaine névrotique. Or, nous sommes tous porteurs d’une souffrance dans chacun de ces deux domaines et il est bien triste de constater que la psychanalyse freudienne, au travers de la théorie de la sexualité, n’ait été novatrice que dans le seul travail sur la souffrance à exister.

De même, la théorie de la gestalt-thérapie s’applique à nous permettre de travailler sur cette même souffrance. Elle se centre sur tous les phénomènes émergeant du fond à la frontière contact entre l’organisme et l’environnement, mais elle n’offre aucune balise pour se repérer dans le fond. L’avènement de la fonction ego n’est rien d’autre qu’une tentative de conjonction entre la fonction ça et la fonction personnalité, ou bien, entre ce qui appartient à notre essence et ce qui appartient à notre existence. La confluence appartient à ce fond abyssal sur lequel on ne peut pas dire grand-chose, sinon quand elle montre son nez dans la dynamique du contact en action. On pourrait aussi considérer, dans une métaphore neurophysiologique, que la frontière contact dans le traitement de cette souffrance, situerait son point d’impact à la jonction entre l’hypothalamus et les deux thalamus !

On pourrait ainsi reprendre toute la psychopathologie à la lumière de ce décryptage.
Dans le fond se situe l’indifférencié, l’ombre, le collectif d’où nous tirons notre énergie ; dans la forme on retrouve le différencié, la lumière et l’individualité qui puisent leur énergie dans le fond. C’est là tout le sujet sur lequel se penche la psychanalyse jungienne…
Mais demandons nous d’abord comment notre société traite ces souffrances ?
Le traitement psychiatrique de ces souffrances…
Dans la prise en charge de ces souffrances, notre société fait quasi exclusivement appel au psychiatre dont la formation est surtout d’ordre psychopharmacologique. L’objectif est d’élever le seuil de tolérance au stress, en un mot, d’anesthésier autant que possible les conséquences de tous les stimuli nociceptifs.

Nous citerons uniquement les deux plus grandes classes de médicaments :

Quand il s’agit de troubles psychotiques, la prescription de neuroleptiques est quasi systématique. Utilisés largement en préopératoire, leur lieu d’action est essentiellement sous cortical et extrapyramidal, avec une action particulière au niveau de faisceaux dopaminergiques du cerveau reptilien (les mêmes que ceux qui rentrent en jeu dans la maladie de Parkinson, d’où un syndrome parkinsonien toujours présent dès que l’on prend un traitement conséquent de neuroleptiques). Leur première propriété est de provoquer une anesthésie affective, ce qui les rend particulièrement efficaces contre toute forme de souffrance.

Quand il s’agit d’une douleur morale liée à un trouble dépressif dans un contexte névrotique, on prescrit un antidépresseur. Les plus employés aujourd’hui dans ce cadre sont les IRS (Inhibiteurs de la Recapture de la Sérotonine). Ils agissent aussi au niveau central, mais sur les faisceaux sérotoninergiques.
Comme se plaisait à nous dire un grand patron de psychiatrie lors d’un repas bien arrosé : « Avec les antidépresseurs, on a 30% d’améliorations, 30% d’aggravations et 40% de cas où l’on ne peut pas se prononcer ». Selon leurs polarités, ils peuvent être plus ou moins désinhibiteurs, plus ou moins anxiolytiques ou sédatifs et plus ou moins euphorisants… Les études dites «  scientifiques » sont sponsorisés par les laboratoires fabricants.

Je ne vais pas passer en revue toutes les familles de psychotropes (anxiolytiques, hypnotiques, normothymiques, etc.), mais il est important de savoir que tous ces produits ont uniquement un rôle d’effacement des symptômes qui peut être parfois très utile, même dans le cadre d’une psychothérapie. Dans d’autres cas, surtout avec les neuroleptiques en doses importantes, ils inhibent tellement la dynamique du contact que tout travail thérapeutique devient quasi impossible.
Tout cela pour souligner à quel point ce traitement de la souffrance qui est tellement répandu (1 français sur 4 aura pris un traitement psycholeptique au cours de l’année) ne peut en aucun cas permettre une guérison puisqu’elle ne soigne pas la cause et ne résout pas le conflit originel.

Cela montre aussi à quel point l’approche psychopathologique enseignée dans la plupart des facultés de médecine consiste, dans une démarche très scientifique, à recenser tous les symptômes d’un « malade »  pour aboutir à un tableau clinique qui permettra la prescription d’un traitement. Il s’agit de nommer la folie de l’autre pour mieux la « soigner » en fonction des critères de l’Académie de Médecine.
En ce qui concerne la souffrance à être, si l’on a le malheur de laisser transparaître quelques symptômes d’ordre psychotique, on a toutes les chances de se retrouver avec un traitement neuroleptique retard dans les fesses pour le restant de ses jours ! Reconnaissons néanmoins qu’ils permettent de soulager une souffrance qui peut être tout à fait intolérable.

Le problème devient grave quand on se sert de cet outil en niant la dimension psychologique de cette souffrance pour la transformer en un handicap social : c’est ce qui est arrivé pour l’autisme qui a été déclaré « handicap » et ne relève donc plus de soins psychologiques, mais d’une prise en charge sociale. Il y a fort à parier qu’il en sera bientôt de même pour la schizophrénie ! On trouvera sûrement  un gène à mettre en cause pour toutes ces souffrances essentielles qui touchent l’être humain de façon à mieux les exclure de la communauté humaine. Or tous les « psys » qui opposent maladies psychiatriques qui relèvent du psychiatre et souffrances psychologiques qui relèvent du psychothérapeute font le jeu de cette politique insensée… c’est bien le mot puisque c’est justement la question du sens qui est au cœur du questionnement du psychotique !

On peut en conclure que la psychopharmacologie correspond au degré zéro du traitement de la souffrance psychologique.
Quel serait le degré premier de ce traitement ?
Les approches cognitives et comportementales
Elle sont, vous le savez, très à la mode actuellement et représentent un courant qui, dans sa stratégie de communication prétend pouvoir remplacer à moindre frais les psychothérapies psychodynamiques (au nombre desquelles on peut compter la Gestalt-thérapie). Elles ont l’avantage de demander un temps de formation généralement très bref (2 ou 3 week-ends suffisent pour pouvoir commencer à les utiliser) et le futur praticien lui-même n’a aucunement besoin de se remettre en cause ou de pratiquer une quelconque forme de psychothérapie. Elles font donc fureur actuellement chez les psychiatres et les psychologues, d’autant plus qu’elles affichent des résultats statistiques fantastiques puisque tous les échecs sont en général imputables à un non respect des protocoles de rééducation : ces mauvais élèves sont donc éliminés d’office des statistiques !

On les nomme TCC (thérapies cognitives et comportementales) et, comme leur nom l’indique très justement, ce sont des thérapies et non des psychothérapies, même si leurs défenseurs veulent les faire passer pour telles. De même que mon prothésiste dentaire est capable de me rétablir une fonction masticatoire normale par une thérapie appropriée, de même il existe d’excellentes méthodes d’éducation cognitive ou de rééducation comportementale qui peuvent se prescrire sur ordonnance et être très utiles dans le cours d’une psychothérapie pour effacer un symptôme très gênant ou restaurer certaines formes de comportements handicapants. Il est à noter que certaines formes d’application de « la Gestalt », en tant que thérapie, fonctionnent sur un modèle très comportementaliste : dans un problème de contact, il suffit de montrer au patient en quoi ses réponses ne sont pas adaptées à l’environnement et de lui donner les bonnes injonctions pour changer son comportement : le problème est alors souvent résolu…au moins en surface ! Certes, ces approches nécessitent un minimum de relation de confiance entre le thérapeute et le patient, de même qu’il faut un minimum de relation de confiance entre un dresseur de lions et ses fauves. Ce n’est pas pour autant que l’on peut parler de psychothérapie !

Je ne comprends donc pas qu’on puisse mettre ces approches en rivalité avec les psychothérapies puisqu’elles n’ont pas du tout le même objectif et qu’en plus, elles peuvent être très complémentaires, au même titre d’ailleurs qu’un traitement médicamenteux.
En ce qui concerne la souffrance à être, elles peuvent constituer une prothèse temporaire sur certains symptômes et apporter un confort très louable, mais elles ne provoqueront jamais de mieux être !
Il est donc temps de passer à un deuxième niveau d’approche de souffrances de l’esprit :
Les psychanalyses et les psychothérapies psycho dynamiques
(dites aussi relationnelles voire même existentielles)
Ce sont elles qui s’attachent à travailler sur les problèmes existentiels, à commencer par la gestalt-thérapie. On peut néanmoins considérer que la psychanalyse jungienne et kleinienne nous donnent quelques bonnes balises de repérage dans les problèmes « essentiels ». De façon un peu schématique, on peut dire qu’elles s’attachent à restaurer une relation dialectique aussi fluide que possible entre le conscient et l’inconscient ou entre la forme et le fond…sans oublier que, par définition, l’inconscient est inaccessible à la conscience et le fond au contact !

Faut –il pour autant reléguer au rang de handicapés irrécupérables ceux qui sont tombés « au fond de leur inconscience », à savoir les psychotiques ?
Si l’on pousse à son extrême la logique de ces psychothérapies où l’on exclut la question du sens et celui de la souffrance pour faire bonne mesure, on en arrive à ne plus trouver comme seule ressource à être que l’exaltation d’un phallus tout puissant… Quel spectacle pathétique que ces « grands psychanalystes » et autres « psychothérapeutes médiatiques » qui se lancent dans des joutes intellectuelles fascinantes, mais qui, d’un point de vue affectif et humain, sont pour la plupart dans un désert dramatique! Si l’on a le malheur de poser la question du sens ou celle de la quête spirituelle, on est immédiatement taxé avec la plus extrême violence de sectarisme ou d’obscurantisme rétrograde … La souffrance essentielle est parfois si grande que la seule façon de la supporter est le déni !
Certes la difficulté d’être au monde est l’objet du travail du gestalt thérapeute.
Certes, toute forme d’existence naît de notre capacité à induire dans le champ une dynamique de contact qui nous situe en tant qu’existant au regard de l’autre.
Certes, la phénoménologie nous apprend que n’ « est » que ce qui apparaît dans le champ et que tout le reste n’est que divagation métaphysique : c’est là notre point de rupture…
Alors, risquons-nous d’envisager un troisième degré de travail au niveau de « l’être en soi ». Bien entendu, il nous appartiendra de poser aussi clairement que possible la frontière entre ce qui appartient au domaine psychothérapeutique et ce qui appartient au domaine spirituel. Pour les différencier des psychothérapies existentielles, nous pourrions les nommer :
Les psychothérapies essentielles
De façon très superficielle, on pourrait y regrouper pêle-mêle de multiples approches connues sous le nom de thérapies transpersonnelles. On y retrouve aussi de nombreux mouvements de développement personnel qui se réclament de psycho-spiritualité, de chamanisme et d’ésotérisme. Ils s’y retrouvent malheureusement autant de faux gourous très dangereux que de vrais gourous d’une haute spiritualité. On comprend que le grand public ait du mal à faire la différence, mais on ne peut que constater le succès immense que tous ces groupuscules remportent, ce qui montre à quel point les gens sont aujourd’hui dans une quête éperdue de sens. 

Faut-il alors rejeter le bébé avec l’eau du bain et traiter de « sectes » tous ceux qui se posent ensemble la question de la souffrance essentielle ?
Ce serait bien fâcheux car on retrouve là, comme dans tous les milieux, la même proportion de gens honnêtes que de gens malhonnêtes. En matière de psychothérapie, la position la plus suspecte d’emprise perverse sur l’autre est celle qui consiste à avoir à la fois un discours qui induit une croyance et un discours de remise en cause psychologique. Le patient est alors livré pieds et mains liées à la toute puissance du soi-disant thérapeute : il n’y a plus aucune place pour ses propres choix et son propre libre arbitre. C’est le thérapeute qui s’approprie le sens qu’il doit donner à sa vie !

Dans la mesure où l’on touche là au plus intime de l’âme humaine, on comprend que la perversion y soit particulièrement choquante. Mais on peut reconnaître aussi que ce questionnement sur le sens puisse aboutir à une remise en question d’une certaine forme d’utilisation des ressources humaines qui est de plus en plus en fréquente aujourd’hui, à savoir :  l’instrumentalisation du matériel humain au service d’un certain système de pensée, asservi à l’économique, et qui se fait de plus en plus exigeant et dévorant (…). On comprend mieux alors que le problème de la reconnaissance de la profession de psychothérapeute déchaîne autant de médisances et de rage destructrice dans certaines sphères du pouvoir en place ! Restaurer l’être dans sa dignité, sa spécificité et peut-être même sa sacralité n’est pas du goût de tout le monde !

Il faut bien reconnaître néanmoins que ce qui discrédite le plus souvent ces approches, c’est le nombre de décompensations d’ordre psychotique qui leur sont attribuées, souvent à juste titre.
En effet, on ne travaille plus là :
- avec la dimension de l’inconscient individuel mais aussi avec celle de l’inconscient collectif
- avec la forme, mais aussi directement dans le fond
- avec des problèmes d’existence, mais aussi des problèmes d’essence
- avec nos noyaux névrotiques, mais aussi avec nos noyaux psychotiques
- avec les lois psychologiques, mais aussi avec les lois ontologiques
- avec notre « être au monde », mais aussi avec notre « être en soi » !
C’est dire à quel point il faut avoir déjà bien déblayé le terrain de toutes nos autres souffrances, avec tous les autres moyens mis à notre disposition, pour s’autoriser à s’aventurer sur de tels terrains !
Or, ce qui caractérise nombre de ces approches, c’est qu’elles se réclament de résultats magiques qui fonctionneraient comme de véritables renaissances et prétendent faire l’économie de tous les autres degrés d’approche de la souffrance, en particulier la dimension psychodynamique. Toute personne narcissiquement très fragile peut donc se retrouver d’une minute à l’autre face à ses monstres intérieurs les plus terrorisants et donc, dans un mécanisme de défense très ajusté sur l’instant, dans un état psychotique. En conséquence, elle se retrouvera devant un psychiatre qui n’aura d’autre choix que de la mettre sous neuroleptiques en pestant contre toutes ces approches corporelles qui rendent les gens fous… Et on le comprend !
En conclusion…
Je n’ai pu aborder que de façon très schématique le problème de la gestion de la souffrance en insistant particulièrement sur la différence de traitement entre la souffrance à exister et la souffrance à être. Traiter de la méthodologie qui pourrait permettre de prendre en compte cette dernière dimension de la souffrance humaine pourrait faire l’objet d’un ou plusieurs livres.

Disons en résumé que l’approche de la gestalt-thérapie dont toute la théorie tourne autour de la souffrance à exister nous permet quand même de mettre en relief la dimension de l’expérience corporelle de la souffrance à être et d’en contenir, autant que faire se peut, tout l’insupportable. Néanmoins, il y a besoin alors d’une autre grille de lecture pour faire face à ce cul de sac existentiel qui nous renvoie à l’absurdité de la vie. Le processus d’individuation de Carl G. Jung m’apparaît alors comme la meilleure théorie pouvant rendre compte de la dynamique énergétique qui est mise en jeu. C’est ce à quoi répond l’approche que nous avons dénommé : la Gestalt-thérapie analytique.

 

 

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Mon approche

Je me situe dans une conception humaniste qui suppose qu’il existe dans chaque être humain, un processus naturel d’autodétermination, une tendance qui le pousse à se développer selon des critères qu’il a lui-même définis, ainsi qu’une capacité à se réajuster au regard de son vécu afin de réaliser son potentiel.

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