YEHOUDA GUENASSIA

Psycho-Analyste certifié en Gestalt Thérapie Analytique

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A la conquête de Soi

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L’identité ne s’impose en rien comme une évidence. Ce « je » qui nous file sans cesse entre les doigts n’est pas à exhumer mais à conquérir.
« Deviens celui que tu es. » Tel est le mot d’ordre du philosophe Friedrich Nietzsche. La formule, qu’il emprunte au poète grec Pindare, est belle mais intrigante. Elle marque une non-adéquation : loin d’être d’emblée moi-même, je suis d’abord un être à construire. Contre une tradition philosophique qui fait du sujet une substance, unique, permanente, constante, Nietzsche n’a de cesse de montrer qu’il est au contraire pluriel, en perpétuel devenir, le lieu de conflits intérieurs, conscients et inconscients. « Deviens celui que tu es » n’a rien à voir avec le simpliste « Be yourself » et le naïf culte de l’authenticité tant vantés par les slogans publicitaires (1). L’identité n’est pas déjà là, à exhumer simplement. Elle se conquiert. Il ne s’agit pas de tenir pour rien ce dans quoi chaque être humain est pris : un corps, une histoire, des relations familiales, des valeurs sociales, des prescriptions morales qui tout à la fois nous construisent et nous entravent.

Contraintes et créativité
Devenir soi-même n’est pas la simple acceptation d’un destin, mais l’affirmation de la créativité que peut déployer chacun d’entre nous dans son existence. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la volonté. Cela suppose de comprendre ce qui nous détermine, c’est-à-dire à la fois ce qui nous contraint et nous définit. Je n’ai pas choisi mon corps, mon sexe, ma famille, la société et l’époque dans lesquelles je vis. Mais c’est à partir d’eux que je me construis. « Mais nous, énonce Nietzsche avec emphase, nous voulons devenir ceux que nous sommes, les nouveaux, ceux qui n’adviennent qu’une seule fois, les incomparables, ceux qui se donnent à eux-mêmes leur loi, ceux qui se créent eux-mêmes !
Et il nous faut pour cela devenir ceux qui excellent à apprendre et découvrir tout ce qu’il existe de loi et de nécessité dans le monde : nous devons être physiciens pour pouvoir être, en ce sens, créateurs, alors que jusqu’à présent toutes les évaluations et tous les idéaux étaient construits sur l’ignorance de la physique ou en contradiction avec elle. » (Le Gai Savoir) Cette « physique » ne doit pas être comprise au sens restreint du terme : elle renvoie aux déterminations tant corporelles, psychiques que sociales, qui loin de s’opposer à la liberté d’être soi constituent ce dont il faut partir et qu’il faut comprendre.
Articuler à la fois ce qui détermine l’individu en société et la créativité qu’il peut déployer, telle est la voie qu’explorent les travaux de deux sociologues aux projets distincts mais qu’il est éclairant de rapprocher. Vincent de Gaulejac dans un récent ouvrage, Qui est « je » ? (Seuil, 2009), s’attache à montrer comment le sujet advient, se construit à partir d’un déjà-là. Il s’appuie sur l’analyse d’histoires de vie, telle celle de Mireille . A travers une temporalité longue, elles donnent à voir des trajectoires différentes, complexes dans lesquelles chaque sujet à sa manière se débat, tente de se définir, de faire des choix, de se construire. V. de Gaulejac rappelle une donnée fondamentale : nous venons au monde assujetti, dépendant en particulier de notre famille et de la société. Mais on aurait tort de voir dans cet état de fait une simple entrave. En réalité, ces déterminations nous constituent, nous définissent. C’est sur elles que nous nous adossons comme l’enfant s’appuie sur l’attachement qui le lie à ses parents pour devenir autonome. Refusant les barrières disciplinaires, V. de Gaulejac depuis de longues années défend une « sociologie clinique » qui « conduit à se mettre à l’écoute du vécu, à considérer que l’exploration de la subjectivité, consciente et inconsciente, est nécessaire à la connaissance des phénomènes sociaux, que le chercheur est impliqué dans ses objets de recherche, que la sociologie a pour objet l’exploration de la dimension existentielle des rapports sociaux. (…) Le social et le psychisme se nourrissent l’un de l’autre en permanence de façon indissociable. Nous avons le plus souvent affaire à des phénomènes sociopsychiques » (Qui est je ?). Ce faisant, il brouille les frontières entre sociologie et psychologie.
Jean-Claude Kaufmann lui aussi entend nourrir sa réflexion sociologique en puisant dans la psychologie et le vécu des individus. Dans son livre Quand Je est un autre (Armand Colin, 2009), il cherche à comprendre plus finement ce qui se passe quand nous faisons des choix ou que nous n’en faisons pas, quand nous nous imaginons autres que nous sommes, que nos vies bifurquent. Tandis que V. de Gaulejac s’attachait à des trajectoires, il s’attache à des moments plus délimités, tel le premier matin où il s’interroge sur ce qui conduit un individu après une nuit d’amour à faire ou non le choix d’une vie à deux. Ou des comportements qui sembleraient anodins comme les agacements conjugaux qui émaillent le quotidien et font basculer la perception que l’on peut avoir de sa compagne ou de son compagnon.

Une identité fragile
A la suite de nombreux sociologues, il estime qu’une rupture s’est produite dans les années 1960 inaugurant une « seconde modernité » marquée par une plus grande réflexivité des individus, qui se posent mille et une questions, font des choix, tentent de définir leur existence. La vie en ce sens serait moins qu’avant dictée par les traditions et les institutions. L’identité individuelle n’est pas ce que nous croyons : elle est changeante, fragile, en perpétuelle recomposition, s’attachant à recoller des morceaux qui sans cesse se dispersent.
J.‑C. Kaufmann et V. de Gaulejac refusent l’alternative entre déterminisme et liberté. Ils refusent tout autant l’idée d’une déprise totale de l’individu qui serait « agi » par ses gênes, son histoire familiale ou sa position sociale, que celle d’un sujet libre de s’inventer comme il l’entend, dégagé de toutes entraves, pour lequel tout est possible et simple à condition de volonté.
Devenir celui que je suis n’est pas une promenade de santé. C’est un processus long, parfois douloureux, qui implique des ruptures, des renoncements. Loin d’une vision enchantée portée trop souvent par les apôtres du développement personnel, il met à jour la complexité de chacun, ses contradictions, ses tiraillements, ses doutes… et parfois ses errements.

NOTE :
(1) Voir François Flahaut, Be Yourself ! Au-delà de la conception occidentale de l’individu, Les Mille et Une Nuits, 2006.
Extrait du site "Sciences Humaines"

 

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Mon approche

Je me situe dans une conception humaniste qui suppose qu’il existe dans chaque être humain, un processus naturel d’autodétermination, une tendance qui le pousse à se développer selon des critères qu’il a lui-même définis, ainsi qu’une capacité à se réajuster au regard de son vécu afin de réaliser son potentiel.

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